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  1. Construction/

Retour de chantier : extension ossature bois et isolation chanvre en Normandie

·8 mins

À la sortie de Saint-Pierre-en-Auge, la maison de Claire et Antoine Delaunay a gardé sa silhouette de carte postale : pans de bois, torchis, toiture en petite tuile. Ce qui a changé se trouve derrière, côté verger. Un volume de 34 m² en bardage de mélèze, toiture monopente en zinc, grande baie plein sud. À l’intérieur, une pièce de vie qui manquait cruellement à cette maison de 108 m² découpée en petites pièces. Sept mois de chantier entre septembre 2024 et mars 2025, une ossature bois remplie de laine de chanvre, et une question qui a occupé tout le monde pendant la conception : comment greffer du neuf sur une façade de 1870 sans abîmer l’ancien.

Un projet sous les seuils, mais avec un architecte quand même
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À 34 m² en zone U du PLU, et avec une surface totale qui reste à 142 m² après travaux, le projet relevait d’une simple déclaration préalable. Pas d’architecte obligatoire, puisque le recours n’est imposé qu’au-delà de 150 m² dans le cadre d’un permis de construire. Le couple en a pris un malgré tout.

“On avait deux devis de constructeurs d’extensions bois, avec des volumes posés comme des boîtes contre la maison”, explique Claire. “Aucun ne parlait du colombage, de l’humidité du torchis, de la façon dont les deux bâtiments allaient vivre ensemble.” L’architecte retenue, installée à Lisieux, travaille presque exclusivement en biosourcé. Sa mission complète, du relevé à la réception, a coûté 8 900 € TTC, soit un peu moins de 10 % du montant des travaux. Pour ceux qui hésitent, les critères qui comptent sont détaillés dans notre article sur le choix d’un architecte pour un projet biosourcé.

Son premier apport a été de décaler l’extension. Plutôt que de l’appuyer sur toute la largeur de la façade arrière, elle l’a reliée par un sas vitré de 1,20 m, ce qui laisse deux fenêtres anciennes intactes et limite la jonction structurelle à une bande étroite.

Fondations sur argile : la mauvaise surprise du sol
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Le Pays d’Auge repose largement sur des argiles à silex. Le terrain des Delaunay est classé en exposition moyenne au retrait-gonflement sur la carte du BRGM. L’architecte a fait réaliser une étude géotechnique G2 (1 450 €), qui a conclu à des semelles filantes ancrées à 1,10 m au lieu des 80 cm prévus, avec un vide sanitaire ventilé plutôt qu’un dallage sur terre-plein.

“Trente centimètres de plus en profondeur, c’est 4 000 € de béton et de terrassement supplémentaires”, calcule Antoine. “Sur le moment ça pique. Mais la maison voisine a des fissures en escalier sur toute sa façade depuis l’été 2022, alors on n’a pas discuté longtemps.”

Le plancher bas est un solivage bois sur longrines, isolé par 200 mm de laine de chanvre entre solives, avec un pare-pluie en sous-face côté vide sanitaire. Une solution légère, cohérente avec le reste de l’ossature, et qui évite le poids d’une dalle sur un sol capricieux.

La paroi : chanvre entre montants, fibre de bois devant
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L’entreprise de charpente, basée à Livarot, a préfabriqué les murs en atelier sur six jours, puis monté l’ossature et la charpente en quatre jours sur site. Montants en épicéa 45 x 145 mm à 60 cm d’entraxe, voile de contreventement OSB côté intérieur, qui joue aussi le rôle de frein-vapeur une fois les joints scotchés.

La composition, de l’intérieur vers l’extérieur :

CoucheÉpaisseurLambda (W/m.K)Résistance thermique
Plaque de plâtre sur tasseaux13 mm--
Vide technique isolé en laine de chanvre45 mm0,0401,1 m².K/W
OSB 3 joints scotchés (frein-vapeur)15 mm--
Laine de chanvre entre montants145 mm0,0403,6 m².K/W
Panneau de fibre de bois pare-pluie60 mm0,0461,3 m².K/W
Lame d’air ventilée + bardage mélèze22 + 21 mm--

On arrive à une résistance proche de R = 6 en partie courante, soit le double du minimum exigé par la réglementation thermique des bâtiments existants (R = 2,9 pour un mur), qui s’applique ici élément par élément. Le vide technique de 45 mm n’est pas un luxe : il permet de passer gaines et boîtiers sans percer l’OSB, donc sans trouer l’étanchéité à l’air.

Pourquoi le chanvre plutôt que la fibre de bois partout ? “Pour le prix, d’abord”, répond l’architecte. “En semi-rigide, la laine de chanvre se trouve autour de 18 à 22 € le m² en 145 mm, fournie. Et elle encaisse très bien les variations d’humidité, ce qui compte dans une région où l’air extérieur dépasse 85 % d’humidité relative une bonne partie de l’hiver.” La fibre de bois rigide garde sa place à l’extérieur, pour la continuité de l’isolant devant les montants et pour son déphasage. Le comparatif entre les deux matériaux est détaillé dans notre article laine de bois vs laine de chanvre.

En toiture, même logique : 220 mm de chanvre entre chevrons et 60 mm de fibre de bois en sarking sous le zinc, pour une résistance d’environ 7 m².K/W.

Attention : la laine de chanvre se coupe à la scie égoïne à denture fine ou au couteau à isolant, avec 1 cm de surcote pour qu’elle tienne par compression entre les montants. Coupée trop juste, elle laisse des fuites le long du bois qu’aucun scotch ne rattrapera.

La jonction avec le colombage, point le plus délicat
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C’est là que le chantier s’est joué. Un mur à pans de bois et torchis respire : il absorbe et restitue l’humidité en permanence. Plaquer contre lui une paroi neuve, étanche et froide, c’est risquer de la condensation dans le bois ancien.

Le sas vitré a réglé une bonne partie du problème. L’extension ne touche la maison que sur deux bandes verticales de 40 cm, traitées avec un joint souple en laine de chanvre comprimée, une membrane frein-vapeur hygrovariable raccordée à l’OSB d’un côté et collée sur un enduit chaux-chanvre de l’autre. Aucun ancrage structurel dans le colombage : l’extension est autoportante, posée sur ses propres fondations, avec un joint de dilatation de 2 cm entre les deux bâtiments.

“Le charpentier voulait visser une lisse dans la sablière d’origine pour reprendre la toiture”, se souvient Antoine. “L’architecte a refusé net. Deux bâtiments, deux fondations, deux comportements. Si l’un bouge, l’autre ne doit pas le suivre.”

Bon à savoir : avant de raccorder une paroi neuve sur un mur ancien, laissez à nu la zone de contact pendant quelques semaines pour vérifier qu’elle sèche. Ici, l’enduit ciment posé dans les années 1980 sur le torchis a été entièrement piqué et remplacé par un enduit chaux, sans quoi la jonction aurait enfermé l’humidité.

Le test d’infiltrométrie, réalisé à la demande du couple avant la pose des plaques, a donné 0,42 m³/(h.m²) sous 4 Pa sur l’extension seule. Deux fuites repérées à la poire à fumée, autour de la baie et à un passage de câble en toiture, ont été reprises dans la foulée.

Le budget réel de l’extension
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PosteMontant TTC
Étude de sol G21 450 €
Terrassement, fondations, vide sanitaire14 800 €
Ossature, charpente, isolation chanvre et fibre de bois31 200 €
Couverture zinc, bardage mélèze11 600 €
Menuiseries bois-alu triple vitrage, sas vitré15 900 €
Électricité, chauffage (extension du réseau existant)6 300 €
Plâtrerie, sols, peinture9 400 €
Architecte (mission complète)8 900 €
Taxe d’aménagement1 140 €
Total100 690 €, soit environ 2 960 €/m²

Le chiffre fait réfléchir. Il se situe dans le haut des fourchettes habituelles pour une extension bois clé en main, souvent annoncées entre 2 200 et 3 500 €/m². Les petites surfaces coûtent cher au mètre carré : les fondations, la jonction et les menuiseries pèsent presque autant sur 34 m² que sur 60. Le surcoût strictement lié au choix du chanvre et de la fibre de bois, par rapport à une laine minérale, a été chiffré par le charpentier à environ 2 800 €. Moins de 3 % du total.

La taxe d’aménagement, souvent oubliée, a été calculée sur la valeur forfaitaire 2026 de 892 €/m² hors Île-de-France, avec l’abattement de 50 % applicable aux résidences principales.

Budget : aucune aide de l’Anah ne finance une extension, puisqu’il s’agit de surface nouvelle et non de rénovation. En revanche, les travaux d’isolation réalisés au même moment sur la maison existante restent éligibles, à condition d’être confiés à un artisan RGE.

Un an après : ce qu’ils retiennent
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Premier hiver passé, la pièce de vie est chauffée par le radiateur à eau ajouté sur le circuit de la chaudière existante, qui tourne rarement. “On a surtout gagné en confort l’été”, note Claire. “La baie plein sud nous inquiétait, mais avec le débord de toiture de 80 cm et la fibre de bois, la pièce reste plus fraîche que le salon d’origine.” En juillet 2025, pendant l’épisode à 34 °C, elle n’a pas dépassé 26 °C.

Les regrets sont modestes : un bardage mélèze qui grise de façon inégale sous le débord, et un sas vitré qui aurait mérité une protection solaire extérieure. Le couple conseille surtout de ne pas négocier l’étude de sol et de passer du temps avec l’artisan sur la jonction avant de signer.

Pour ceux qui envisagent un projet comparable, la démarche reste la même que pour une construction neuve : une ossature bois bien conçue accepte presque tous les isolants biosourcés, chanvre, paille ou fibre de bois. La vraie difficulté d’une extension n’est pas l’isolant. C’est le raccord avec ce qui existe déjà.

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